Alexandre Phelip, architecte paysagiste, partage sa vie entre Paris et Sartène, en Corse, où il puise son inspiration au cœur de la vallée de l'Ortolo, dans la maison familiale entourée de vignes. Là, cet artiste dans l'âme et esthète passionné, se ressource, rêve, imagine…
Sa sensibilité, son imaginaire poétique et son goût du détail s'expriment dans chacun de ses projets. C'est à lui que l'on doit le jardin provençal de Sophie Douzal, le jardin normand de Pierre Sauvage ou encore le jardin potager suspendu sur le toit de l'hôtel Brach, en plein cœur de Paris.
Chacune de ses créations naît sous ses doigts, au pastel, dans l'intimité du dessin à la main — un geste rare, précieux. Artiste aux multiples facettes, il façonne des jardins comme d'autres écrivent des poèmes.
Ce même raffinement, il le cultive dans l'art de recevoir : il dresse lui-même ses tables, avec autant de soin et d'amour qu'il met à créer ses paysages.
Alexandre, quelles sont vos sources d'inspiration ?
Je puise dans des univers très variés mais toujours liés à une forme d'élégance intemporelle.
Le baron de Rédé, maître incontesté de l'art de recevoir, élevait la mise en scène au rang d'art. Visionnaire du faste et du détail, il orchestre dans les salons de l'hôtel Lambert, les fêtes les plus éblouissantes de son époque, réunissant une élite cosmopolite en quête de beauté et d'émerveillement. Son bal oriental demeure gravé dans la mémoire collective comme un sommet de raffinement. Rien n'était laissé au hasard : chaque convive était choyé, surpris, transporté. L'excellence était son seul standard.
La méditerranée, et plus particulièrement la Corse, berce mon regard depuis l'enfance : ses couleurs, sa lumière et sa végétation.
J'aime aussi l'âme slave : son exubérance retenue, son goût du symbole, ce mélange de solennité et de fantaisie.
Et puis, il y a le style Rothschild — celui de Marie-Hélène, grande prêtresse d'un art de vivre où l'extravagance flirte toujours avec l'élégance. Ses fêtes au château de Ferrières, à l'image de son légendaire bal surréaliste, témoignaient d'un sens du détail poussé à l'extrême. Même les invitations, imprimées à l'envers, ne pouvaient être déchiffrées qu'à l'aide d'un miroir : un avant-goût du mystère et du raffinement à venir !
Quelles sont les tables et les ambiances qui vous séduisent ?
Ma première source d'inspiration est ma mère. Ses tables étaient toujours raffinées, alliant modernité et tradition.
Avec son regard singulier et poétique, Cordélia de Castellane réinvente l'art de recevoir à travers un univers floral empreint de délicatesse. Des jardins qu'elle dessine aux tables qu'elle compose, chaque détail raconte une histoire, célébrant la nature, les saisons, et cette élégance française qui conjugue tradition et spontanéité.
Le style Second Empire incarne un faste assumé, une exubérance savamment orchestrée. C'est aussi l'époque où émergent les grandes manufactures qui, encore aujourd'hui, font rayonner les arts de la table à la française : la cristallerie Saint-Louis créée en 1834 et son emblématique service Trianon. Christofle s'impose comme l'orfèvre de référence sous Napoléon III, tandis que Limoges s'affirme comme la capitale incontestée de la porcelaine. Un héritage de raffinement et de savoir-faire, toujours vivant.
Les petits plus pour une jolie table au quotidien ?
Les fleurs bien entendu ! Un petit bouquet de saison, que je place dans des petits verres ou dans un vinaigrier en argent. C'est un clin d'œil à l'objet détourné. Une idée que je dois encore une fois à ma mère, elle savait insuffler de la vie dans les choses oubliées.
Les incontournables pour une belle réception ?
La lumière - toujours tamisée et toujours vivante – et les fleurs – de saison obligatoirement.
Tous mes dîners sont éclairés à la bougie : qu'elles soient suspendues à un lustre ancien, posées dans des appliques ou dans de grands bougeoirs disposés sur la table.
En fin d'hiver, j'aime le mimosa, qui annonce le printemps, qui diffuse un parfum suave, son jaune intense égaye énormément les intérieurs.
Une personnalité à votre table ?
Russell Page, sans hésiter !
J'aurais beaucoup aimé parler de jardins avec lui. Il est pour moi une référence absolue et son regard sur le monde paysager était d'une finesse rare.
Vos bonnes adresses en art de la table ?
Les nappes de la Maison Thévenon : elles sont colorées et intemporelles. Une belle table commence souvent par un beau tissu !
Une recette fétiche à partager ?
Le rôti italien que j'accompagne toujours de légumes de saison !
LES FAVORIS d'ALEXANDRE PHELIP
Fleur : Mimosa, pour éclairer mes tables et donner un avant-goût de printemps
Couleurs : pastel, je n'aime pas trop les couleurs criardes qui concentrent trop l'attention, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur
Hôtel Restaurant : Palazzu Nicrosi en Corse du Nord, le Brach (rue Jean Richepin) pour un apéro sur le roof top que j'ai conçu au milieu du potager et des poules
Musée : Nissim de Camondo, on y déambule à la recherche du temps perdu
Livre : "Education d'un jardinier" de Russell Page
Tradition familiale : Tous se retrouver pour le 15 Août, fête mêlant tradition et spiritualité, la Sainte Vierge, patronne et Reine de Corse, se fini toujours par un feu d'artifice grandiose à Sartène.